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A propos de l’aisance d’un pull et de la poitrine

Il y a tant de choses à dire sur l’aisance d’un pull ou d’un gilet ! Nombreuses sont les personnes (y compris moi dans le passé) qui ont tellement peur que leur pull soit trop moulant, et qui choisissent la fausse sécurité d’une taille au dessus pour leurs patrons.
En général, elles se retrouvent avec un pull… effet super loose.
Soyons clairs : je n’ai rien contre un petit pull loose de temps en temps, c’est confortable, et on n’a pas tous les jours envie d’être féminine. Je suis d’ailleurs la championne numéro un du trainage en jogging le dimanche à la maison, c’est un rituel important pour moi depuis toujours.
Mais, le reste du temps, on ne peut pas dire que cela mette en valeur grand monde, à part les « brindilles » sur qui tout va.
Les mini jupes, les salopettes et les pulls chauve-souris ne vous vont pas ? Il y a de grandes chances pour qu’un pull loose ne vous mettra pas non plus en valeur :)

La mode change, et si dans les années 80 on aimait l'over-size, et que c'est revenu à la mode depuis quelques années, avez-vous vraiment envie de ce genre de silhouette au quotidien ?

C’est pourquoi aujourd’hui je fais un point sur le sujet.

La théorie

L’aisance (en anglais « ease ») consiste à définir combien de cm / pouces on rajoute en plus ou en moins par rapport à ses mensurations. Une aisance négative donne un pull près du corps (en général mais pas toujours comme nous allons le voir). Une aisance positive signifie que votre ouvrage sera plus grand que les dimensions de votre corps.
En théorie, la majorité des créateurs de patron de tricot conseillent actuellement une aisance nulle au niveau du buste. Evidemment, ce n’est pas toujours le cas, surtout pour les modèles volontairement loose.
Cela veut dire que si votre tour de poitrine est de 95cm par exemple, il faut en général choisir dans le patron la taille la plus proche de ce tour de poitrine. Attention cependant, car il existe 2 types de mesures dans un patron (pour ceux qui sont les plus détaillés) :

  • Le tour de poitrine : votre tour de poitrine (95cm dans mon exemple)
  • Le tour de poitrine du vêtement fini (fnished bust) : le tour de poitrine + l’aisance prévue par le créateur (par exemple : 98cm).
Vous pouvez constater que le résultat ne sera pas le même. Faites donc bien attention à ce petit mot « finished », s’il est présent dans le patron.

Les possibilités réelles

Quelques acteurs de la scène tricot tels que Amy Herzog (entre autre) vont en plus compliquer un peu le sujet en parlant du tour de « buste haut » (ou hight bust en anglais). Cela consiste à ne pas prendre votre tour de poitrine à l’endroit le plus large, mais sous les bras, avant les seins. Il y a plusieurs raisons à ceci :

D’une part, il n’y a aucune relation réelle entre votre taille pour les épaules, les bras, etc… et votre poitrine ! Certaines font un bonnet A, d’autres un bonnet D, et peuvent tout à fait avoir le même tour de « buste haut » ou les même épaules ! D’ailleurs, elles pourront aussi très bien avoir la même hauteur des aisselles aux épaules. C’est juste que pour les poitrines avec un gros bonnet, étant donné qu’elles m’auront pas assez de place pour le buste, elles auront tendance à « tirer » le pull qui je vous le rappelle s’étire en largeur et en hauteur. La conséquence directe : le bas de votre pull peut remonter disgracieusement.

Ainsi, par manque de connaissance, de nombreuses tricoteuses ont tendance à choisir leur tour de buste (car elles veulent évidemment rentrer dans leur tricot sans que celui-ci soit déformé) alors que leur buste peut ne pas être « moyen » (faire un bonne A ou un bonnet E) par rapport à leur réelle taille.

Pour résumer plus clairement : la majorité des tricoteuses vont, si elles ont un « gros bonnet » choisir la taille au dessus (celle qui correspond à leur tour de taille), au détriment de toutes les autres mensurations ! Pour justement éviter le pull qui remonte ou qui moule :


Ici sur cette image, on imagine que j’ai une belle poitrine bien remplie hein 😉

  • A gauche : j’ai « choisit » de faire la taille qui correspondrait à tout le reste de mon corps à part ma poitrine « opulente »
  • A droite : j’ai « choisit » de faire la taille qui correspondrait à mon tour de poitrine.

Vous pouvez remarquer que j’ai indiqué en rouge ce qui ne va pas, en vert ce qui convient : le tour de hanches et de taille (qui peuvent facilement s’adapter) mais aussi la hauteur des aisselles et la largeur des épaules (et là, pour modifier le patron, bonjour les calculs complexes !!!). Choisir une taille « au dessus » vous expose au final à beaucoup plus de problèmes sur tout le reste du corps, comme l’indique l’image de droite.

Pourquoi ne se baser que sur la poitrine quand tout le reste est aussi lié ???

Rajoutez à cela le fait que certains créateurs (dont je ne préfère pas citer le nom, mais qui sont très connus) ont tendance par simplicité à proposer des tailles qui ont parfois jusqu’à 10cm d’écart entre chaque taille !! Ca fait beaucoup, sachant qu’en général les tailles du commerce « classique » n’ont qu’une différence de 5 cm entre chacune (taille 38 : 87cm et taille 40 : 92 cm).

Le choix n’est donc pas facile.

La solution

Evidemment aucune de ces solutions citées plus haut n’est convenable. Ce qui nous amène à parler de plus en plus souvent des « rangs raccourcis » pour la poitrine, sujet qui mériterait un billet entier dédié. Le concept rapidement : rajouter de la matière uniquement à la poitrine, pour qu’elle ne déforme pas le reste du pull. On aurait donc toutes les mesures du corps correctes, et un « surplus » de tricot pour la poitrine généreuse.

Mon plus gros problème, en ce qui concerne les recommandations d’Amy entre autre, c’est que je ne vois JAMAIS aucun patron de tricot mentionner le tour de « buste haut » justement. C’est bien joli de le mesurer, mais on le compare avec quoi après ? Je n’ai pas trouvé la réponse à ce jour.

Ce pull est porté avec... 2cm d'aisance négative ! On ne dirait pas hein ? Quand je vous disais qu'il faut faire confiance et ne pas avoir trop d'aisance à cet endroit du corps vous me croyez maintenant ? ;)

Mes conseils donc :

  • Observez la photo du modèle : esce que les épaules tombent au bon endroit ? Sont-elles trop tombantes ? Esce que les manches sont « trop moulantes » ou « giga trop grandes » ?
  • Comparez les informations du patron : de nos jours, tous les créateurs indépendants indiquent en général quelle est l’aisance du pull sur le modèle qui pose pour la photo. Si le modèle porte un pull avec 10 cm d’aisance positive, observez bien les épaules à nouveau et les aisselles : sont-elles esthétiquement au niveau de vos attentes ? Y a t-il des plis disgracieux sous les bras (problème fréquent des patrons peut « saillants »). C’est un indice de plus à prendre en compte qui peut-être vous amènera à choisir la taille au dessous de celle que vous auriez normalement choisie. Quitte à adapter le tour de poitrine ensuite !
  • N’ayez pas peur : il vaut mieux un pull qui fait exactement votre taille de poitrine. Cela ne veut nullement dire que vous serez obligée d’avoir tout le reste de l’ouvrage moulant ! Dans les conseils de tous les créateurs attentifs à ce que le vêtement vous mette en valeur, on le répète encore et toujours : faites confiance à ce conseil. Vous n’avez pas besoin de rajouter 5 à 10 cm d’aisance positive sur la poitrine. Oui, sur le ventre et les hanches c’est important, personne n’a envie de mouler son petit bidon, évidemment. Mais la poitrine est généralement plus flatteuse si le pull est à la même taille qu’elle.
  • N’oubliez jamais qu’un tricot ne se comporte pas comme un tissu ! Il est extensible, il épouse les formes, il « pardonne » bien plus qu’une erreur sur une toile en coton ! C’est toute la magie du patronage tricot : la maille n’a absolument pas les même règles physiques que le tissu.

Adapter uniquement le tour de poitrine

Voilà, vous avez fait votre choix de taille mais il reste un obstacle de « taille » : votre tour de poitrine est plus grand.

Voici les options qui s’offrent à vous :

  • La plus facile (mais pas forcément la plus jolie) : rajouter plus de mailles sous les bras, lorsque quand vous arrivez au niveau de joindre en rond le pull (ou de le séparer si vous tricotez un pull du bas vers le haut) vous devez monter x mailles sous les bras. Rapide, efficace. Dans ce cas, consultez mon dernier point pour comprendre les impacts.
  • La plus morphologique : faire des rangs raccourcis pour la poitrine. Comme je vous le disais plus haut, c’est un sujet très vaste, qui mérite un billet dédié. Nous en parlerons prochainement plus tard. Vous trouverez de nombreuses ressources sur le sujet en anglais, par exemple dans le livre d’Ysolda : « Little Red in the city ». Voici quelques liens utiles en attendant pour celles qui sont à l’aise avec l’anglais : La bonne tricoteuse, Short rows for bust shaping
  • La méthode « d’Amy » (mais je ne pense pas non plus qu’elle l’aie inventée, elle a vulgarisé des concepts déjà connus, ce qui est une très bonne chose !) : Amy fait partie de ces personnes qui n’aiment pas tricoter les rangs raccourcis. Et vous peut-être aussi ? Elle l’explique et le montre très bien en image dans son billet Why you (probably) don’t need short rows. Son concept rejoint un peu ce que j’ai fait pour mon patron Opéra (avoir plus de mailles devant qu’au dos pour laisser le petit ventre s’épanouir sans être moulé), mais à un autre niveau : distribuer les mailles de façon non homogène entre le devant et le dos pour la poitrine aussi. A savoir : avoir plus d’augmentations devant que pour le dos. Ce qui donne plus de largeur pour la poitrine, mais pas le reste de l’ouvrage. Quand on tricote du haut vers le bas, ce n’est pas un soucis du tout puisque vous aurez au préalable choisit la « bonne » taille pour les épaules et les aisselles etc… Et que vous pouvez très bien après la poitrine rattraper le tout en enlevant ensuite un peu plus de mailles pour la taille (ou pas, si votre ventre est lui aussi volumineux !). Par contre, si vous tricotez du bas vers le haut, les implications sont plus compliquées malgré son billet sur lequel je ne la rejoins pas : il vous faudra ensuite trouver un moyen d’enlever très très rapidement des mailles « en trop » pour éviter l’effet over-trop-grand sur le haut du buste et les épaules. La solution pour ne pas trop impacter les autres mesures : faire des grosses augmentations (et diminutions ensuite) sur très peu de rangs en distribuant par example 4 augm au lieu de 2 sur chaque rang sur une courte durée. Au lieu d’aumg. de 2m, rajoutez 2m de « plus » spéciales poitrine.

A vous de choisir donc ce qui vous semble le plus logique / simple / saillant ! Et bon tricot ! N’hésitez pas à partager vos expériences, je ne prétend pas connaitre la vérité absolue 😉 Tout débat reste constructif.

 

 



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22 réflexions sur “ A propos de l’aisance d’un pull et de la poitrine ”

  1. merci pour ces infos !
    Ayant une poitrine « opulente », je suis désormais une adepte des rangs raccourcis. La lecture du livre d’Ysolda a carrément changé ma façon de voir les choses. J’ai testé, effet garanti sans complications majeures !

    1. c’est un super retour ! une amie à forte poitrine le pratique aussi quasi tout le temps, et elle en est ravie !

  2. Merci Elise, c’est un grand plaisir de pouvoir lire un tel article. J’aime beaucoup le tricot et je déplore très souvent de ne pas trouver chez les créatrices françaises des articles de fond. J’apprécie votre approche de ces sujets et aussi votre généreux partage avec nous. J’aime beaucoup le travail d’Ysolda mais n’étant pas parfaitement à l’aise avec la langue anglaise je restais frustrée ! Je suis ravie de trouver en vous une Ysolda bien de chez nous. Je suis persuadée qu’il y a là beaucoup de travail intéressant à faire et je vous souhaite de réussir dans ce domaine.

    1. cela me touche beaucoup, car c’est exactement mon but : offrir aux francophones l’équivalent des ressources anglaises, avec en plus mon expérience, ma touche personnelle et mes critiques sur les techniques possibles (il y en a tellement !)
      Bon tricot à vous !

  3. Bonjour et grand merci pour cet article. En effet, je n’osais plus tricoter de gilet de peur que celui-ci baille au niveau de la poitrine ! Alors merci pour cet article en français (hé oui tout le monde n’est pas bilingue !). Je vais pouvoir me lancer sans peur dans un gilet boutonné (mon rêve depuis de longues années).
    Bien à vous,
    Carole L.

  4. Merci beaucoup ELise pour tous ces articles aussi bien sur ton site que sur in the loop! C est grace a toi que je me suis inscrite sur ravelry depuis un an, que j apprend le tricot avec les aiguilles circulaires et que je decouvre toutes ces techniques. Je tricote depuis… que j ai douze ans… j en ai 44…Internet est un outil formidable mais encore un peu compliqué por moi ( ce qui amuse mes enfants d ailleurs qui ne comprennent pas que maman soit si nulle en informatique).Mon anglais qui date du lycée ne me permet pas de comprendre ravelry comme je l aimerait mais aujourd’hui j ai enfin compris » ease » et son utilité! Yes! Il y a encore du boulot mais grâce a toutes les généreuses passionnées comme toi je progresse et je vois que je ne suis pas une extra terrestre parce que j ai un s au buste un m à la taille et un l aux hanches et qu il suffit juste d adapter les patrons. Merci.

  5. Super article! Je partage.
    Avec mon bonnet E et mes épaules très étroites, je bidouille toujours mes patrons. J’avoue que j’ai un peu la flemme de faire des rangs raccourcis donc je rajoute des mailles sur l’avant et les côtés pour la poitrine. Je ne jure que par le top down, pour essayer au fur et à mesure.

  6. Encore une fois merci de nous faire partager ta connaissance si étendue des techniques de tricot pour adapter celui-ci à nos morphologies si uniques ! Pour ma part, j’ai plutôt le problème inverse d’une poitrine quasi-inexistante, du coup je dois choisir des modèles plutôt ajustés pour me mettre en valeur ! Mais c’est intéressant de savoir qu’un modèle de tricot n’est pas figé, et peut s’adapter à notre physique à volonté !
    Nathalie

    1. alors, en ce qui concerne les petites poitrines, à mon avis c’est un peu plus facile à gérer : quand on construit un pull, entre le haut des épaules et les dessous de bras, il y a toujours une série d’augmentations (ou de diminution selon si on tricote du haut vers le bas ou du bas vers le haut) avant de monter des mailles sous les bras : je pense qu’il suffit de continuer tout droit sans faire d’aumg. ou de dim. pour avoir moins de mailles au tour de poitrine non ?

    1. Coucou Lydia,
      quand j’ai commencé mon projet « sur mesure » en 2012, Amy fait partie des personnes que j’ai le plus lu : j’ai même acheté la version PDF qui compilait tout ses articles « FF » ils m’ont en effet été très utiles. Par contre, ils ne sont pas complets et j’ai vraiment ressentit le besoin de compléter mes connaissances avec des livres tels que http://www.amazon.com/Sweater-Design-English-Maggie-Righetti/dp/0312051646 qui est vraiment très complémentaire :)

  7. Merci pour l’info ! Je suis très fan d’Amy Herzog aussi, je trouve que ses explications sont très claires et qu’elle fait bien le lien entre les différentes techniques et leurs conséquences sur la forme et l’aisance d’un vêtement. Et surtout elle donne énormément d’infos « gratuitement », ce qui n’est pas le cas de beaucoup de créateurs. Je prends bonne note de la référence du bouquin :) (faudrait déjà que je finisse « knit to flatter » !)

    1. en fait Amy parle de morpho, mais le livre que je t’ai conseillé parle à la fois de morpho,de composition des couleurs en rapport avec la morpho et surtout de règles de construction pour plein de types de vetements differents : une référence pour les créateurs :)
      Amy a beaucoup aidé à prendre conscience qu’un corps se met en valeur au lieu de se cacher. Mais elle n’a rien inventé : son rôle à mon sens est important pourtant : vulgariser les connaissances de morpho
      Ysolda et Little Red in the City traite bien des sujets d’adaptation du corps aussi. D’un point de vue plus technique que « analyse de silhouette ». Amy est à mon sens la seule à analyser autant de silhouettes différentes

      Mais dans tous mes ouvrages milliards (au moins lol) d’ouvrages, si on traite le tricot en top down, il y a une majorité des livres qui ne font même pas de marquage de la taille plus petite que les hanches !!! De nos jours, j’estime que c’est honteux.
      Je partage tout cela avec un objectif important : apprendre aux tricoteuses à développer leur sens « critique » d’un patron qu’elles verront en photo, pour aller au dela de l’aspect « à la mode » et qu’elles décryptent ce qui est flateur ou pas dans un modèle. On est tellement nombreuses à avoir tricoté des patrons « à la mode » qui ne nous allaient pas…

      1. C’est clair ! Et d’ailleurs on voit la même chose dans la bloguibulle couture avec la bande de blogueuses qui participent au « wearability project » !

  8. Tadaaaam !
    Clap clap clap.
    Maintenant, y’a plus qu’à… avoir un peu plus confiance en moi 😉
    Merci pour les explications.
    Il sort quand ton nouveau patron ? 😉

    1. mon prochain patron a été ralentit, malheureusement pour des raisons que je n’ai pas pu maitriser moi même. Je croise les doigts pour qu’il sorte d’ici un mois et demi en comptant le test knit :)

  9. Sans le savoir , j’essaie d’adapter au fur et à mesure mon tricot sauf quand je le veux exactement comme le modèle . Mais maintenant que j’ai tricoté des modèles bien conçus je me rends compte que je pourrai les tricoter encore mieux adapter à ma morphologie . En tous les cas merci Élise de nous ouvrir les yeux de la sorte . Je regrette une chose c’est de ne pas prendre le temps pour me pencher encore plus sur la question , je reconnais que je devrais , vivement la retraite ah ah ah ! Tout ça me donne bien envie d’essayer un de tes modèles , pour intégrer toutes ces notions 😉

  10. Merci pour ces conseils techniques avisés et bien utiles. Jusqu’ici je me contentais de jouer sur la longueur…

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